L’analyse de dix associations écologiques sur le départ de NICOLAS HULOT du gouvernement :

« l’écologie des mots » au lieu de celle des actes

Par Louis SAISI

 

La démission de Nicolas HULOT peut certes être appréhendée de manière paradoxalement à la fois anecdotique et spectaculaire faisant les délices des radios, chaînes de TV et d’une presse écrite toujours en quête d’un évènement factuel susceptible d’exciter les émotions de leurs auditeurs, téléspectateurs et lecteurs. 

Elle peut aussi être présentée ou regardée comme une manifestation d’humeur, plus ou moins bien contrôlée, mettant aux prises, au sein de l’Exécutif, des personnalités – et leur tempérament – qui entrent en conflit d’égos, en l’occurrence un Ministre particulier s’opposant au Chef de l’Etat et à un gouvernement à sa dévotion.

Si cet aspect du conflit n’est pas à rejeter totalement – et est souvent présent dans notre monde médiatique d’attitudes factices, de postures publiques et de mise en scène orchestrée -, il ne saurait néanmoins rendre compte de sa véritable dimension politique ni davantage traduire les contradictions majeures qui sous-tendent notre vie politique jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Au-delà de son caractère fracassant, la démission de Nicolas HULOT du gouvernement – annoncée directement sur les ondes de France Inter  le 28 août 2018 – devrait nous inviter, indépendamment de la forte personnalité du ministre démissionnaire, à nous poser plus objectivement la question de la place à donner à l’écologie dans notre mode de développement économique et social.

Sous cet angle, la “Tribune” intitulée « La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap » – publiée le 30 août 2018 sur franceinfo par dix associations écologiques, à l’adresse du Président de la République – peut être considérée comme une analyse et une contribution intéressantes. 

Ce texte porte la signature des 10 associations suivantes prenant en charge la défense d’un ou de plusieurs aspects du combat écologique :

  • Fondation pour la Nature et l’Homme (œuvrant pour un monde équitable et solidaire respectant la Nature et le bien-être de l’Homme, cette fondation a été créée par Nicolas HULOT),
  • Agir pour l’environnement (association de mobilisation citoyenne nationale en faveur de l’environnement),
  • France nature environnement (fédération française regroupant 3500 associations de protection de la nature et de l’environnement),
  • Générations futures (association de défense de l’environnement luttant contre les produits toxiques et notamment les pesticides),
  • Les Amis de la Terre France (association de protection de l’Homme et de l’environnement),
  • Réseau sortir du nucléaire (lutte pour l’abandon du nucléaire en France),
  • Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (demande de référendum, en faveur d’un désarmement nucléaire, biologique et chimique, intégral, universel et contrôlé, dans le cadre d’un véritable système de sécurité internationale),
  • Association pour la protection des animaux sauvages (ONG pour la protection de la faune sauvage, pour la préservation du patrimoine naturel et pour la défense des droits des usagers de la nature),
  • Virage énergies (association proposant des pistes d’actions organisationnelles, comportementales et techniques pour une transition vers un modèle de société soutenable), 
  • Société nationale de protection de la nature (première association de protection de la nature en France. Fondée le 10 février 1854, elle est reconnue d’utilité publique depuis le 26 février 1855).
Dans leur Tribune, ces associations dénoncent :

1°) L’ambiguïté du Président de la République quant à sa « volonté… de ménager la chèvre écologique et le chou productiviste », ce qui « n’a pas contribué à créer la condition d’une politique écologique lisible et cohérente » ;

2°) La superficialité de l’engagement écologique d’Emmanuel MACRON en dressant la liste des reniements successifs de la transition écologique au cours de l’année écoulée : « la non-interdiction du glyphosate » ; « les multiples décisions favorables à la construction de nouvelles autoroutes » ; « le non-choix en matière de transition énergétique » ; « l’importation d’huile de palme » ; les « ultimes cadeaux faits au lobby de la chasse » ; « le CETA ».

3°) La conclusion sur ces deux points est sans appel quant à « la superficialité de l’engagement écologique d’Emmanuel Macron, optant pour une écologie des mots, privilégiant les discours aux actes, espérant que la simple présence de Nicolas Hulot justifierait une politique bien loin de la rupture maintes fois annoncée. »

Un ordre protocolaire ministériel bien vain face à un ordre productiviste et de puissants lobbies :

« Placé au sommet de l’ordre protocolaire, le ministre de l’Écologie est sommé de trouver des compromis entre acteurs aux intérêts profondément divergents. Grenelle et autres conférences environnementales n’y ont rien changé. Face au ministère de l’Agriculture, à ceux de l’Économie, de l’Industrie ou de la Défense, face aux lobbies agricoles, nucléaires, à celui du BTP, face à l’orientation libérale du gouvernement Philippe, la marge de manœuvre du ministre de l’Écologie était étroite, voire inexistante. La notoriété médiatique est insuffisante face aux petits soldats du productivisme, prêts à tout pour préserver leurs acquis. »

Pour les associations signataires précitées, il n’y a pas d’homme providentiel et elles en appellent à une « mobilisation citoyenne et populaire » :

« Cette démission est l’occasion de rappeler que l’homme providentiel n’existe pas et qu’un ministre, fût-il déterminé, est et demeure un homme seul. Au regard des tensions que suscite la transition écologique, il est nécessaire de créer et entretenir une mobilisation citoyenne et populaire. »

Le sens d’une démission…

« Cette démission est le symptôme d’une immense incompréhension. La transition écologique n’est ni une promenade de santé ni un supplément d’âme pour politiciens sans imagination. Emmanuel Macron aurait tort de mésestimer le symbole que représente cette démission surprise. Faire « comme si » serait la pire des réponses à apporter à Nicolas Hulot. Les crises écologiques qui s’amoncellent n’ont que faire de nos illusions et beaux discours. Ces crises ne disparaîtront pas d’un coup de baguette verte. »

L’action : une « nécessité, une urgence, une éthique »

« Face aux menaces climatiques, militaires et à l’effondrement des écosystèmes, l’action n’est plus une option mais une nécessité, une urgence, une éthique.

Emmanuel Macron ne peut continuellement aspirer à la synthèse là où nous attendons des choix clairs, ambitieux et pleinement assumés.

En matière écologique, nous ne pouvons plus soutenir l’agriculture biologique et « en même temps » le glyphosate, la sobriété énergétique et « en même temps » le nucléaire, une redynamisation des centres villes et « en même temps » Europacity et l’artificialisation des terres agricoles, la nécessaire préservation de la biodiversité et « en même temps » la baisse du prix du permis de chasse, la mise en œuvre de la COP21 et « en même temps » la multiplication des projets autoroutiers, les fermes-usines et « en même temps » une agriculture paysanne, le libéralisme et « en même temps » l’écologie. »

Gouverner, c’est choisir…

Ci-dessous, Pierre MENDES-FRANCE

         (1953/1954)

 

 

Pour les associations signataires, « La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap… » et « appelle un sursaut. »

Selon elles, « Emmanuel Macron devra faire sien l’aphorisme de Pierre Mendès-France, « gouverner, c’est choisir ».

 

Cette “Tribune” nous semble au moins avoir le mérite de mettre l’accent sur les contradictions  actuelles qui minent la clarté et la cohérence de l’action gouvernementale travaillée en permanence par la nécessité de donner des gages aux forces économiques qui sont orientées vers un ordre marchand, productiviste et consumériste, et en même temps confrontée à l’ardente demande sociale d’une autre politique économique  et sociale tournée vers un mode de développement  durable, rationnel  et harmonieux – et non anarchique et tournée vers la satisfaction des intérêts d’un petit nombre -, soucieux de préserver les ressources de la planète, avec, au centre, l’Homme et ses besoins réels, dans le respect de son environnement.

Quant à l’action politique de l’Exécutif, le choix se situe, ici encore, entre le choix de la démocratie – gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple – ou la réduction de celle-ci à une oligarchie dont les nombreux lobbies et l’encouragement du lobbying ne sont, ne nous y trompons pas, que l’une des modalités d’expression…

Paris, le 31 août 2018

LS

NB : Vous pouvez consulter l’intégralité de cette “Tribune” sur les sites de franceinfo et de l’association “Virage énergies” ci-dessous :

https://www.francetvinfo.fr/politique/nicolas-hulot/tribune-la-demission-de-nicolas-hulot-est-une-invitation-a-changer-de-cap-10-associations-ecologistes-lancent-un-appel-a-emmanuel-macron_2916395.html

http://www.virage-energie-npdc.org/actualites/tribune-la-demission-de-nicolas-hulot-est-une-invitation-a-changer-de-cap

 

 

 

 

 

 

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