NOUVEL AN : DATE ET ORIGINES PAR Louis SAISI

NOUVEL AN

Le Nouvel An nous apporte chaque année beaucoup de joies et d’espoir…

Joies du partage d’un bon repas avec force libations, notamment autour du Réveillon de la St-Sylvestre, avec le moment, tant attendu, de la présentation, sur les douze coups de minuit, de nos vœux à ceux que nous aimons et qui partagent le plus souvent notre vie ou font partie du cercle de nos amis, familiers, proches ou relations ; joies de recevoir, en retour leurs vœux affectueux et chaleureux ou conviviaux et amicaux.

Espoir d’une année meilleure par rapport à la précédente pour connaître davantage de choses plaisantes, stimulantes et agréables avec plus de réussite et moins de frustrations ; espoir de voir se réaliser un projet en cours ou de conduire de nouveaux projets en les voyant se concrétiser.

Certains de nos vœux, même parmi les plus secrets, sont parfois vagues et floues, parfois même un peu fous (mais c’est permis, le rêve n’étant pas interdit, surtout ce jour-là) car les conditions favorables à leur réalisation ne nous appartiennent pas ; elles sont souvent trop extérieures ou dépendent d’occurrences incertaines ou de beaucoup de choses impondérables ; d’autres vœux que nous formons sont heureusement plus rationnels par rapport à notre cadre de vie, nos possibilités intellectuelles, morales ou matérielles…

Mais quels que soient nos vœux, ce jour-là, nous ne sommes pas dans l’analyse froide et lucide, mais fondus dans un mouvement social érigé en un Rite collectif (le Jour de l’An est un jour férié) qui nous invite à faire la fête et à oublier tous nos soucis en croyant plus ou moins confusément au principe même de vie selon lequel demain ne peut être que meilleur…

Ainsi nous reproduisons régulièrement une fête ancestrale sans trop nous questionner sur le fondement et le fonctionnement rationnels des vœux que nous émettons et recevons, notamment quant à leur puissance et leur portée… Nous avons simplement envie d’y croire…

Assisterait-on ainsi, plus d’un siècle après le constat dressé par le sociologue Max WEBER du « désenchantement du monde » [1] – qui désignait ainsi le processus de recul des croyances religieuses et magiques au profit des explications scientifiques elles-mêmes liées aux idées de sécularisation et de modernité – à de nouvelles formes de réenchantement du monde ?

Serait-ce donc une partie de nous-mêmes – conviviale et festive ? – qui s’abandonnerait alors, avec les fêtes de Noël et du Nouvel An, à un réenchantement du monde analysé et annoncé en 2007 par le sociologue Michel MAFFESOLI [2] qui développe, depuis plusieurs années déjà, une posture de veille philosophique et d’observation stimulante du « vivre ensemble » de nos sociétés contemporaines avec la mise en commun d’une forme de joie quasi sacrée, faite de dévouement et d’empathie généreuse.

Nous nous proposons de revisiter ce Rite du Nouvel An qui nous vient de très loin dans l’histoire de nos sociétés et qui parfois se rattache, quant à ses origines, à des mondes qui, loin d’être modernes, remontent à des périodes antiques dans lesquelles le Religieux et le Sacré faisaient partie de la vie quotidienne des femmes et des hommes de ces sociétés.

Nous le ferons en divisant notre enquête en deux parties quant à sa présentation et en deux temps quant à sa publication (pour alléger notre texte) :

  • Tout d’abord nous nous interrogerons, d’un point de vue hexagonal, sur les circonstances du choix de la date du 1er janvier pour célébrer la nouvelle année (Ière partie : La date du Nouvel An en France, que nous publions ce même jour ci-dessous) ;
  • Ensuite, nous nous interrogerons sur les lointaines origines du Nouvel An et sa signification (IIème partie : Les origines du Nouvel An et sa signification, que nous publierons un peu plus tard).

 

PREMIÈRE PARTIE : LA DATE DU NOUVEL AN EN FRANCE…

1er janvier 2018, Jour de l’An…

Nous venons de le fêter dans l’allégresse en présentant nos vœux à ceux qui nous sont proches et que nous aimons…

Mais la reconnaissance du 1er janvier comme premier jour de l’An a déjà une longue histoire…

En France, en effet, le Nouvel An n’a pas toujours été célébré le 1er janvier ! Cette date ne fut adoptée qu’au 16ème siècle pour marquer le début de l’année de manière officielle dans toute la France.

Chez les peuples usant d’un calendrier solaire, le début de l’année a toujours été fixé par pure convention. Ainsi, dans la République romaine, l’année commençait en mars et comprenait 355 jours et dix mois, et les noms de nos quatre derniers mois de l’année, tout comme leurs abréviations anciennes, rappellent encore clairement les positions qu’ils occupaient, dans ce premier calendrier romain : les positions sept [septem, 7bre], huit [octo, 8bre], neuf [novem, 9bre] et dix [decem, 10bre]).

Jules CÉSAR, sur les conseils de SOSIGÈNE d’Alexandrie, avança de trois mois cette date.

C’est ainsi qu’en – 46 avant JC, une réforme de Jules CÉSAR donna à l’année 365 jours et 12 mois. Elle commença désormais le 1er janvier. Ce fut la naissance du calendrier julien.

Bien qu’en 352 après JC, cette date ait été reprise par l’Église, elle n’était pas respectée partout.

En effet, si, avec le pape LIBÈRE, l’Église s’appropria cette date, en 352, ce fut au motif qu’elle correspondait au jour de la circoncision de Jésus, huit jours après sa naissance.

Mais cette date ne parvenait pas à s’imposer en France. Selon les régions et les périodes, le début de l’année était fixé tantôt le 25 décembre, tantôt le 1er janvier, tantôt en mars.

I/ CHARLES IX ET L’ÉDIT DE ROUSSILLON : 9 AOÛT 1564

La reconnaissance du 1er janvier comme premier jour de l’An a déjà une longue histoire…

Pour autant, le Jour de l’An, fêté le 1er janvier de chaque année, comme nous allons le voir dans les développements qui suivent, n’a que 451, 454 ans ou, au plus, 455 ans d’âge, selon que l’on prend sa date d’entrée en vigueur (1567) ou l’une de ses deux dates (1564 ou 1563) de reconnaissance officielle…

En effet, le 1er janvier  comme premier Jour de l’An, n’a été reconnu et consacré qu’au milieu du 16ème siècle, au moment où la France était en proie aux guerres de religion.

A/ Le contexte

La nouvelle année calendaire n’a commencé le 1er janvier qu’en vertu de l’Édit de Roussillon du 9 août 1564, promulgué par le jeune roi Charles IX (1550-1574), monté sur le trône de France à partir de dix ans (1560) [3] et sacré Roi de France dans la cathédrale de Reims le 5 mai 1561, après avoir présidé, du 13 décembre 1560 au 31 janvier 1561, les États généraux rassemblés à Orléans.

Sa mère, CATHERINE DE MÉDICIS, Charles IX lui-même et une partie de la cour, séjournaient alors au château de Roussillon,  situé à Roussillon sur le Rhône, en Dauphiné, près de Grenoble. Elle y demeura, avec le jeune Roi, du 17 juillet au 15 août 1564. C’est durant ce séjour que Charles IX signa le fameux « édit » dont l’article 39 faisait du 1er janvier la date du début de l’année. Mais cet édit n’est entré en vigueur qu’en 1567, trois ans après avoir été promulgué.

B/ Édit de Roussillon (1564) ou Édit de Paris de janvier 1563 ?

La question mérite d’être posée. En effet, selon le chartiste Alexandre LE NOBLE [4], c’est à tort que l’on imputerait à l’Édit de Roussillon précité le choix de la date du 1er janvier comme début de l’année car c’est l’Édit de Paris, édicté plus d’un an plus tôt, qui en serait à l’origine.

Selon lui, c’est en effet, à Paris, au mois de janvier 1563, que CHARLES IX aurait pris son « Édit », l’acte du 9 août 1564, improprement appelé « Édit » ne serait qu’une « Déclaration » postérieure rendue nécessaire par le fait que le Parlement de Paris aurait usé de son droit de remontrances à l’égard des 38 premiers articles de l’Édit de Paris qu’il avait cru devoir repousser.

II/ UNE DÉCISION TRÈS POLITIQUE VISANT L’UNITÉ DU ROYAUME ET SON FONCTIONNEMENT RATIONNEL

A/ Les causes

Parmi la diversité des pratiques régionales du Royaume de France, celles du calendrier n’étaient pas les moindres, car ces pratiques variaient d’une partie à l’autre du royaume au point que lorsque l’an 1560 débutait à Lyon, une bonne partie du royaume était encore en 1559 pour plusieurs mois. En effet, dans certaines parties du Royaume l’année commençait le 25 mars, qui est le jour de l’Annonciation ; ailleurs, elle commençait à Pâques, date de la résurrection du Christ, qui était encore une fête mobile, parfois encore à Noël, peu après le solstice d’hiverC’est dire que cela n’allait pas sans provoquer des problèmes pour l’administration du RoyaumeUne réforme nécessaire devait apporter une solution à ce casse-tête calendaire. Ce fut l’objet de l’article 39 de l’Édit de Paris de janvier 1563, qui fixait pour tout le royaume le début de l’année au 1er janvier.

Article 39 :

« Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contrats, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toutes escriptures privées, l’année commance doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier.

« Si donnons en mandement etc.

« Donné a Paris ou moys de janvier l’an de grace mil cinq cens soixante-troys et de notre règne le quatrième ».

B/ Le « grand tour de France » initiatique du jeune Roi Charles IX

Certains historiens attribuent parfois sa décision concernant la fixation du début de l’année calendaire à son « grand tour de France » décidé par sa mère, Catherine de Médicis, alors qu’elle lui fut bien antérieure.

En effet, le « grand tour de France » est le nom qui fut donné au voyage initiatique que Catherine de Médicis fit entreprendre au roi Charles IX à travers la France [5] pour lui faire découvrir toute l’étendue de son royaume qui venait d’être ravagé par la première guerre de religion. Le départ de ce grand périple débuta à Paris le 24 janvier 1564 et se termina par le retour dans la capitale le 1er mai 1566. Accompagné de sa famille, le roi accomplit près de 4 000 kilomètres sur des zones périphériques du royaume. Il partit vers l’Est, longea les frontières de l’Est jusqu’en Provence, tourna vers l’Ouest jusqu’à l’océan Atlantique en Gascogne, remonta vers le Val de Loire et termina son périple dans le Bourbonnais.

Le but du roi était, comme on l’a souligné (cf. supra A), de reforger l’unité nationale de son pays juste après la première guerre de religion (1562-1563) [6]. Ainsi, sous l’œil toujours vigilant de sa mère Catherine de Médicis, de Troyes à Lyon puis à Marseille, de Toulouse à Bordeaux puis à Châteaubriant, d’Angers à Moulins, le jeune souverain prit plaisir à rencontrer ses sujets, n’hésitant pas, dans la tradition des Rois de France, de toucher des écrouelles [7] ou de concéder des privilèges aux cités visitées.

Ainsi la mention de ce tour de France n’est pas sans intérêt car ce grand voyage du jeune Roi explique pourquoi, le 9 août 1564, CHARLES IX se trouvait dans le Dauphiné [8] et put signer de ce fait la Déclaration de Roussillon. Mais, comme il a été dit, l’Édit de Paris – qui date de janvier 1563 – est bien antérieur à ce « grand tour de France » et ce ne sont pas l’expérience et les enseignements que tira le jeune Roi de celui-ci qui sont à l’origine de cet Édit.

Un peu moins de 20 ans plus tard, le calendrier grégorien devait conforter la date du 1er janvier choisie par le Roi de France.

III/ LE CALENDRIER GREGORIEN CONFORTA LE CHOIX DU ROI DE FRANCE

A/ Christophorus CLAVIUS (1538-1612)

Ci-dessous, Christophorus CLAVIUS

Par Francesco VILLAMENA (1565–1624)

Ce fut Christophorus CLAVIUS [9], nom latinisé d’un savant jésuite allemand, mathématicien et astronome qui fut le concepteur du calendrier grégorien.

Né sous le nom de CLAU ou KLAU à BAMBERG (Bavière), CLAVIUS entra dans l’ordre des jésuites en 1555, puis  fut envoyé par ses supérieurs à Rome où il professa, avec un grand éclat, les mathématiques pendant vingt ans. Cela explique qu’il fut distingué par le pape GRÉGOIRE XIII, puis fut appelé par lui pour entreprendre la refonte du calendrier julien, sur la base, semblerait-il, des travaux du médecin et astronome italien Aloysius LILIUS, nom latinisé de Luigi GIGLIO, ou Luigi LILIO. Celui-ci était né à PSYCRÒN (aujourd’hui CIRÒ) en CALABRE (province de Crotone) vers 1510, et mort, sans doute à Rome, avant 1576. Ses travaux, publiés en 1577 sous le titre de Compendium novae rationis restituendi kalendarium, inspirèrent fortement CLAVIUS.

Ce calendrier solaire fut élaboré, après le concile de Trente (1545-1563) – qui en avait déjà réclamé l’ardente nécessité -, à la fin  du XVIe siècle, pour corriger la dérive séculaire du calendrier julien alors en usage : il s’agissait de rattraper les dix jours de retard pris par rapport au Soleil et, pour l’-avenir, de modifier les modalités de prévision des années bissextiles. Il fut promulgué par le pape GRÉGOIRE XIII (bulle Inter gravissimas) à partir du 15 octobre 1582, dans les États catholiques d’abord, puis dans les pays protestants. Son usage s’étendit progressivement à l’ensemble du monde au début du XXe siècle. Le calendrier grégorien s’est imposé dans la majeure partie du monde pour les usages civils ; de nombreux autres calendriers sont utilisés pour les usages religieux ou traditionnels.

B/ Grégoire XIII (1502-1585)

Ci-dessous, Grégoire XIII

Par Esaias van HULSEN, orfèvre

et graveur allemand (vers 1570-vers 1625)

Ugo BONCOMPAGNI naquit à Bologne le  Il entreprit des études de droit canonique et civil à l’Université de Bologne, puis entra à la Curie romaine en 1539. Le pape PAUL III lui offrit  les postes d’abréviateur de la Chancellerie apostolique et de référendaire du Tribunal suprême de la Signature apostolique. En 1545, il participa, comme juriste, au concile de Trente. Afin de pouvoir être nommé évêque, en 1558, il dut satisfaire à l’obligation d’être ordonné prêtre juste auparavant. En 1566, il fut nommé secrétaire des brefs pontificaux pour, enfin, être élu pape en 1572, à la mort de Pie V, sous le nom de GREGOIRE XIII [10].

Le calendrier grégorien est un calendrier solaire divisé en douze mois, de durée inégale :

 

1er trimestre 2e trimestre 3e trimestre 4e trimestre
janvier, 31 jours
février, 28 ou 29 jours
mars, 31 jours
avril, 30 jours
mai, 31 jours
juin, 30 jours
juillet, 31 jours
août, 31 jours
septembre, 30 jours
octobre, 31 jours
novembre, 30 jours
décembre, 31 jours
90 ou 91 jours 91 jours 92 jours 92 jours

Depuis le 1er janvier 1622, sur décision du Saint-Siège, l’année calendaire commence le 1er janvier dans tous les pays catholiques.

IV/ LE CALENDRIER RÉVOLUTIONNAIRE RÉPUBLICAIN

Malgré l’adoption quasi universelle du calendrier grégorien, en France, de 1792 à 1806, le calendrier républicain décida d’abolir le 1er janvier, comme premier jour de l’année, pour faire débuter l’année le 1er vendémiaire.

Ce calendrier marquait la volonté des révolutionnaires d’adopter un système universel rationnel s’appuyant sur le système décimal, avec pour but d’effacer de la mémoire des Français le calendrier grégorien, trop étroitement lié au christianisme avec ses saints patrons et le repos dominical.

Le calendrier républicain devait permettre, en particulier, de supprimer les trop nombreuses fêtes chômées de l’Ancien Régime rattachées à la religion catholique, et en même temps de remplacer le jour de repos dominical par un jour de repos décadaire, ce qui n’était pas sans conséquences pour les ouvriers (à l’instar de la loi Le Chapelier qui en 1791 avait déjà interdit les corporations et toute association d’ouvriers).  

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Le mois de vendémiaire fut alors le premier mois du calendrier républicain français.

Il correspondait, à quelques jours près (selon l’année), à la période allant du 22 septembre au 21 octobre du calendrier grégorien.

La date du 22 septembre marquait également la date de la naissance de la Première République en 1792, l’un des premiers actes de la Convention, après l’abolition de la Royauté, décrétée la veille.   Vendémiaire tirait son nom « des vendanges qui ont lieu de septembre en octobre », selon les termes du rapport présenté à la Convention nationale le 3 brumaire an II (24 octobre 1793) par FABRE D’ÉGLANTINE, au nom de la « commission chargée de la confection du calendrier.

  • Le calendrier commençait le 22 septembre 1792 (jour de l’établissement de la République) (il correspondait à l’équinoxe d’automne) ;
  • L’année était divisée en 12 mois de 30 jours chacun ;
  • Chaque mois était divisé en 3 décades (de 10 jours chacune) ;
  • 5 jours étaient rajoutés (360 + 5 = 365) : les sans-culottides : Vertu, Génie, Travail, Opinion et Récompenses ;
  • Le jour supplémentaire des années bissextiles était la fête de la révolution.

Quant au 1er janvier lui-même, il était déclassé et correspondait généralement au 12e jour du mois de nivôse dans le calendrier républicain français, officiellement dénommé jour de l’argile.

A/ Les mois des quatre saisons dans le calendrier révolutionnaire
Le printemps

  • Germinal (mois de la germination)
  • Floréal (mois des fleurs)
  • Prairial (mois des prairies)

L’été

  • Messidor (mois des moissons)
  • Thermidor (mois de la chaleur)
  • Fructidor (mois des fruits)

L’automne

  • vendémiaire (mois des vendanges)
  • Brumaire (mois des brouillards)
  • Frimaire (mois des frimas)

L’hiver

  • Nivôse (mois de la neige)
  • Pluviôse (mois de la pluie)
  • Ventôse (mois du vent)

 

Calendrier Républicain de 1794
Dessiné par Debucourt
B.N., Paris
La République, s’appuyant sur les connaissances astronomiques, foule au pied le calendrier grégorien et présente celui établi par Fabre d’Églantine.

B/ Les noms des jours du calendrier : une ode à la Nature et au Travail
 Productions nationales et instruments ruraux associés aux mois d’automne (vendémiaire, brumaire, frimaire) :
Vendémiaire commence le 22 septembre.jpg
Vendémiaire
(22 septembre – 21 octobre)
1 22 sep Raisin
2 23 sep Safran
3 24 sep Châtaigne
4 25 sep Colchique
5 26 sep Cheval
6 27 sep Balsamine
7 28 sep Carotte
8 29 sep Amarante
9 30 sep Panais
10 1er oct Cuve
11 2 oct Pomme de terre
12 3 oct Immortelle
13 4 oct Potiron
14 5 oct Réséda
15 6 oct Âne
16 7 oct Belle-de-nuit
17 8 oct Citrouille
18 9 oct Sarrasin
19 10 oct Tournesol
20 11 oct Pressoir
21 12 oct Chanvre
22 13 oct Pêche
23 14 oct Navet
24 15 oct Amaryllis
25 16 oct Bœuf
26 17 oct Aubergine
27 18 oct Piment
28 19 oct Tomate
29 20 oct Orge
30 21 oct Tonneau
Brumaire commence le 23 octobre.jpg
Brumaire
(22 octobre – 20 novembre)
1 22 oct Pomme
2 23 oct Céleri
3 24 oct Poire
4 25 oct Betterave
5 26 oct Oie
6 27 oct Héliotrope
7 28 oct Figue
8 29 oct Scorsonère
9 30 oct Alisier
10 31 oct Charrue
11 1er nov Salsifis
12 2 nov Macre
13 3 nov Topinambour
14 4 nov Endive
15 5 nov Dindon
16 6 nov Chervis
17 7 nov Cresson
18 8 nov Dentelaire
19 9 nov Grenade
20 10 nov Herse
21 11 nov Bacchante
22 12 nov Azerole
23 13 nov Garance
24 14 nov Orange
25 15 nov Faisan
26 16 nov Pistache
27 17 nov Macjonc
28 18 nov Coing
29 19 nov Cormier
30 20 nov Rouleau
Frimaire commence le 22 novembre.jpg
Frimaire
(21 novembre – 20 décembre)
1 21 nov Raiponce
2 22 nov Turneps
3 23 nov Chicorée
4 24 nov Nèfle
5 25 nov Cochon
6 26 nov Mâche
7 27 nov Chou-fleur
8 28 nov Miel
9 29 nov Genièvre
10 30 nov Pioche
11 1er déc Cire
12 2 déc Raifort
13 3 déc Cèdre
14 4 déc Sapin
15 5 déc Chevreuil
16 6 déc Ajonc
17 7 déc Cyprès
18 8 déc Lierre
19 9 déc Sabine
20 10 déc Hoyau
21 11 déc Érable sucré
22 12 déc Bruyère
23 13 déc Roseau
24 14 déc Oseille
25 15 déc Grillon
26 16 déc Pignon
27 17 déc Liège
28 18 déc Truffe
29 19 déc Olive
30 20 déc Pelle
Le temps, comme le nouveau système des poids et mesures, est désormais décimal. La semaine, désormais appelée “décade“, durera 10 jours : primidi, duodi, etc.
Jours de la décade en français
(calendrier républicain)
1 2 3 4 5
primidi duodi tridi quartidi quintidi
6 7 8 9 10
sextidi septidi octidi nonidi décadi
Des noms de plantes, d’outils ou d’animaux, tels tomate, faucille ou chien remplacent les noms des Saints (cf. tableau supra).
C/ La fin du calendrier républicain (1806)

Après 12 ans, 2 mois et 27 jours pendant lesquels il rythma la vie des citoyens français, le calendrier républicain fut abandonné le 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805) par un sénatus-consulte impérial qui rétablit le calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806.

Cependant, selon Jacques-Olivier BOUDON [11], il est établi que l’Etat napoléonien – qui avait hérité du calendrier républicain – n’était pas a priori désireux de rompre avec celui-ci. C’est devant l’attitude des Français qu’il s’y serait résolu, non sans une certaine résistance, au moins au départ.

En effet, dans les campagnes on aurait continué à suivre le rythme des saisons, des mois et des semaines d’avant la Révolution. A la ville comme à la campagne, l’on persistait également à chômer le dimanche, à célébrer les fêtes des saints patrons, voire à respecter des interdits religieux concernant le mariage et donc à s’abstenir de se marier pendant les périodes de l’Avent et du Carême. Au début du Consulat, l’Etat tenta bien de réagir avec l’aide du clergé, en limitant le nombre des fêtes chômées (Noël, Pâques, Assomption, Toussaint), mais il ne put néanmoins empêcher le peuple de continuer à célébrer les fêtes patronales. De même l’Etat fut conduit à accepter, au terme des articles organiques votés en 1802, en application du Concordat napoléonien, signé avec le Pape en juillet 1801, que les fonctionnaires chôment le dimanche et non plus le décadi. L’unification du Temps voulue par la Révolution française avait échoué dans les esprits. Pourtant, BONAPARTE essaya de résister avant de se résoudre à supprimer le calendrier républicain rebaptisé « calendrier français ». Il s’y serait résolu au terme d’une lente évolution, non sans quelque nostalgie de la part de certains de ses collaborateurs qui, à l’image de REGNAUD DE SAINT JEAN D’ANGELY y voyaient un bel exemple de rationalisation des temps. Ce dernier justifiait pourtant la suppression du calendrier républicain en expliquant que le nouveau calendrier (révolutionnaire) comportait des défauts, et en particulier celui de ses origines (1793)… Ce ne fut pas néanmoins cette position qu’exprima devant le Sénat conservateur le rapporteur du projet, Pierre Simon LAPLACE [12], lui-même mathématicien, astronome et physicien, et aussi l’un des principaux scientifiques de la période napoléonienne :

« Il a fallu deux siècles et toute l’influence de la religion, pour faire adopter généralement le calendrier grégorien. C’est dans cette universalité si désirable, si difficile à obtenir, et qu’il importe de conserver lorsqu’elle est acquise, que consiste son plus grand avantage. Ce calendrier est maintenant celui de presque tous les peuples d’Europe et d’Amérique; il fut longtemps celui de la France; présentement il règle nos fêtes religieuses; c’est d’après lui que nous comptons les siècles. Sans doute il a plusieurs défauts considérables: la longueur de ses mois est inégale et bizarre, l’origine de l’année n’y correspond à celle d’aucune des saisons; mais il remplit bien le principal objet d’un calendrier, en se décomposant facilement en jours et en conservant à très-peu près le commencement de l’année moyenne, à la même distance de l’équinoxe. Son mode d’intercalation est commode et simple. Il se réduit, comme on sait, à intercaler une bissextile tous les quatre ans; à la supprimer à la fin de chaque siècle, pendant trois siècle consécutifs, pour la rétablir au quatrième; et si en suivant cette analogie, on supprime encore une bissextile tous les quatre mille ans, il sera fondé sur la vraie longueur de l’année. Mais dans son état actuel, il faudrait quarante siècles pour éloigner seulement d’un jour l’origine de l’année moyenne de sa véritable origine. Aussi les savants français n’ont jamais cessé d’y assujettir leurs tables astronomique, devenues par leur extrême précision la base des éphémérides de toutes les nations éclairées. »

Suite au rétablissement du calendrier grégorien, il n’est pas sans intérêt de relever que c’est également à partir de 1806 que devait être officiellement fêtée, le 15 août, la Saint-Napoléon en s’appuyant sur une fête chrétienne déjà chômée (fête de l’Assomption).

Le calendrier républicain fut cependant réutilisé pendant 15 jours, mais uniquement dans le Journal officiel, lors de la Commune de Paris en 1871.

CONCLUSIONS

I/ En France

Comme nous l’avons vu, la fête du Nouvel An – arrêtée par Charles IX au 1er janvier, à partir de janvier 1563 par l’Édit de Paris, et confirmée le 9 août 1564 par l’Édit de Roussillon – constitue un acte politique symbolique fort mais aussi réaliste et pratique incontestable quant à la construction de l’unité nationale du Royaume de France. Cette étape mérite d’être d’autant plus soulignée qu’elle intervient à une période de troubles religieux où le pouvoir politique, malmené et parfois même vacillant, éprouve encore des difficultés pour se détacher des factions rivales intrigantes et armées et s’imposer, selon une démarche autonome et souveraine, de manière institutionnelle.

II/ Ailleurs dans le monde…

Pour sortir un peu de notre démarche hexagonale (mais nous le ferons surtout, et encore davantage, dans la seconde partie de cette modeste étude), il y a lieu de noter que malgré le succès du calendrier grégorien, le 1er janvier ne marque pas le passage à la nouvelle année dans le monde entier.

Et pour ne prendre que deux exemples, c’est le cas en Israël et en Chine.

A/ L’Etat d’Israël est un Etat religieux [13], même si coexistent un calendrier religieux et un calendrier civil

Dans le calendrier hébreu, la nouvelle année n’est pas fêtée le 1er janvier [14] mais en septembre ou en octobre, lors de la fête de ROCH HACHANA. En hébreu, « ROCH HACHANA » signifie littéralement « la tête de l’année » qui marque le début de l’année dans le calendrier juif. C’est aussi l’anniversaire de la création d’Adam et Ève, et donc de la naissance de l’humanité, soulignant la relation unique existant entre Dieu et les hommes. Le thème principal de ROCH HACHANA est l’acceptation de la royauté de Dieu.

B/ Le Nouvel An chinois, quant à lui, est célébré, chaque année, entre le 21 janvier et le 19 février. Ainsi, en 2018, la célébration du nouvel An chinois a été annoncée pour le vendredi 16 février.

En effet, le calendrier chinois étant un calendrier luni-solaire, la date du Nouvel An chinois, par rapport au calendrier grégorien, n’est pas fixe mais varie d’une année sur l’autre. Néanmoins elle se situe toujours dans la période séparant le 21 janvier du 19 février. Elle apparaît lors de la deuxième nouvelle lune, depuis le solstice d’hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau. Comme pour tous les commencements des mois lunaires chinois, elle s’inscrit dans le premier jour d’une nouvelle lune. S’agissant de l’alignement astronomique signalant la nouvelle lune, par convention, il est déterminé par l’observatoire de la Montagne Pourpre à Nankin.

Le « passage de l’année » (過年 / 过年 guònián) s’effectue dans la nuit du dernier jour du douzième mois. Le mot signifiant année est considéré comme étant à l’origine le nom d’un monstre, NIAN, qui venait autrefois rôder autour des villages, une nuit par an, contraignant les habitants à se calfeutrer et à veiller jusqu’à son départ au petit matin (d’où la nuit du Réveillon). La pratique générale veut qu’on s’efforce de repartir sur un nouveau pied après s’être débarrassé des mauvaises influences de l’année passée, accompagné de signes de bon augure.

Le Nouvel An est célébré officiellement en République populaire de Chine. C’est un moment de l’année très prisé s’accompagnant de festivités importantes se traduisant par l’octroi de nombreux jours de congés : sept jours de congés en Chine. Il est également fêté dans certains pays d’Asie où l’influence de la culture chinoise est importante, ou encore dans ceux où existe une forte minorité de chinois ethniques : au moins cinq jours de congés à Taïwan, et trois jours à Hong Kong et Macao ainsi qu’au Viêt-Nam [15].

Ainsi, quels que soient les fondements et les dates du Nouvel An (sur lesquels nous reviendrons dans la seconde partie de cet article), avec l’arrivée de l’année nouvelle, la force du Rite du « Renouveau » est quasi unanimement partagée à travers le monde entier pour célébrer – après le grand nettoyage du passé (les chinois procèdent ainsi, une semaine avant, au nettoyage de leur maison pour « dire adieu » au Dieu du Foyer) – un nouveau départ sur un pied léger et le cœur en fête…

Louis Saisi

Paris, le 5 janvier 2018

16 Nivôse, An 226 (du calendrier républicain) (jour du silex)

NOTES

[1] Max WEBER utilise à quatre reprises cette expression en 1904 dans son fameux essai intitulé L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (ouvrage édité chez Plon/Pocket, 2010).

[2] Cf. MAFFESOLI (Michel) : Le réenchantement du monde – Une éthique de notre temps, Ed. Table Ronde, Paris, 2007.

[3] Suite à la mort prématurée de son père Henri II, lors d’un tournoi, et au décès de son frère aîné François II après une seule année de règne. La succession d’un roi mineur survient alors que les tensions entre catholiques et protestants s’aggravent en ce milieu de XVIème siècle. Déjà, le règne éphémère de son frère aîné, François II, se traduisit par une crise politique et religieuse et constitua le prélude majeur au déclenchement des guerres de religion. Le très court règne de François II fut aussi le point de départ de l’affaiblissement de l’influence française en Europe.

[4] Cf. Alexandre LE NOBLE : « Note sur l’édit de Paris de 1563 » [article], Bibliothèque de l’École des chartes, Année 1841/ 2/ pp. 286-288, in PERSÉE, http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1841_num_2_1_451588.   Né le 24 octobre 1800 à Moscou, Alexandre LE NOBLE (1800-1851) était un ancien élève de l’École royale des chartes (première promotion, 1821). Il fut notamment avocat près la Cour de Paris, vérificateur des titres à la Commission du sceau de France.

[5] Cf. l’émission du 5 octobre 2016 de France-Culture La Fabrique de l’Histoire présentée et animée par Emmanuel LAURENTIN, « Le grand tour de France de Charles IX », série « Les voyages » (3/5) L’émission fut co-animée par Séverine LIATARD, avec les intervenants suivants : Jérémie FOA maître de conférences en Histoire moderne à l’université d’Aix-Marseille (laboratoire TELEMME) ; Matthieu GELLARD, Docteur en histoire de l’Université Paris-Sorbonne, auteur de l’ouvrage Une reine épistolaire. Lettres et pouvoirs au temps de Catherine de Médicis, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque d’histoire de la Renaissance », 2015, 736 p.

[6] L’année 1561 marque l’apogée du protestantisme en France. On ne compte alors pas moins de deux millions de protestants en France. C’est ainsi que fin 1561, l’on dénombre plus de six cent soixante-dix Églises réformées dans le royaume. Les huguenots constituent près du dixième de la population du royaume. L’animosité entre les huguenots et les catholiques ne cesse de croître et devient extrême à la fin de l’année. Dans ce contexte conflictuel, le protestantisme français subit lui-même une mutation : il n’est plus exclusivement une Église, il devient un « parti ».

[7] D’après le grand historien français Marc BLOCH, la tradition pour les Rois de France, rois thaumaturges, de toucher des malades scrofuleux remonterait à ROBERT LE PIEUX (972-1031) qui était lui-même le fils d’Hugues CAPET. L’Encyclopédie Universalis décrit ainsi cette pratique : « Le cérémonial français se déroulait à des intervalles plus ou moins réguliers ; à partir du XVIème siècle, il avait lieu généralement aux grandes fêtes religieuses et attirait parfois jusqu’à deux mille malades, dont certains venaient d’au-delà des frontières. Après avoir communié sous les deux espèces, le roi touchait chaque malade à l’endroit des plaies en traçant un signe de croix et prononçait la formule rituelle : « Le roi te touche, Dieu te guérit » ; puis avait lieu une distribution d’aumônes ».

[8] D’autres raisons furent parfois alléguées, notamment le fait que le Roi et sa mère durent fuir la ville de LYON, à cause de la peste pour se réfugier dans le Dauphiné à Roussillon. Le 13 juin 1564  Charles IX était entré à Lyon, il y reçut, entre autres le duc de Savoie (4 juillet), mais il aurait été obligé de quitter la ville le 9 juillet à cause d’une épidémie de peste. Il se rendit d’abord à Crémieu, puis revint dans la vallée du Rhône et s’installa au château de Roussillon le 17 juillet où il demeura jusqu’au 15 août 1564.

[9] CLAVIUS fut surnommé l’« Euclide du XVIe siècle ». Son nom a été donné au cratère Clavius, le deuxième plus grand de la face visible de la Lune.

[10] L’image de Grégoire XIII, reprise notamment dans la littérature, n’est pas très positive (Robert MERLE, STENDHAL dans ses Chroniques italiennes, 1855). Ainsi dans l’ouvrage L’Idole (1987), roman historique écrit par Robert MERLE,  ayant comme toile de de fond l’Italie du 16ème siècle,  GREGOIRE XIII n’apparaît pas  comme un grand pape, mais, au contraire,  comme un homme plutôt sans foi ni loi…

[11] BOUDON (Jacques-Olivier) : Citoyenneté, République et démocratie en France 1789-1899, Ed. A. Colin, collection U. Histoire, Paris, 2014.

[12] Cf. le Rapport de Pierre-Simon LAPLACE du 22 fructidor an XIII (lundi 9 septembre 1805) http://prairial.free.fr/calendrier/calendrier.php?lien=senatusconsulte1805

[13] Le terme « État juif » fut celui utilisé par l’ONU dans sa résolution du 29 novembre 1947 pour désigner l’un des deux États devant être créés en Palestine. Ce terme fut repris par l’État d’Israël pour se qualifier dans sa déclaration d’indépendance. Cette conception s’est d’ailleurs traduite, au niveau symbolique, par la date apposée sur la déclaration même d’indépendance : le 5 iyar 5708 du calendrier hébraïque et non le 14 mai 1948 du calendrier grégorien.

[14] Il semblerait, au moins s’il faut en croire certains réseaux sociaux, que le réveillon du nouvel an (1er janvier) devienne en Israël  un évènement qui prend un peu plus d’ampleur chaque année, même si le 1er janvier n’est pas célébré de manière officielle ou institutionnelle en Israël.

[15] Le Têt Nguyên Dán est la fête du Nouvel An vietnamien (en quốc ngữ Tết Nguyên Ðán, en chữ nôm 節元旦), littéralement « fête du premier jour de l’année ». Le Têt est généralement fêté le même jour que le Nouvel An chinois, puisque le Viêt-Nam et la Chine possèdent le même calendrier, de type luni-solaire, mais avec un jour de décalage avec la Chine tous les 22 ou 23 ans pour compenser le décalage horaire entre Pékin et Hanoï.

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