Tribune :

De la surexposition de la couleur

à son oubli

par Philippe TANCELIN

 

“In-vus.es…Invisibilisés.es….Invisiblement effacés.es… Rompus.es au silence et néanmoins rebelles…

Il est de la couleur montant sur l’hiver,

Il est du jaune-cerise comme un temps de Prince des émois

Il est du printemps dans les branches tendues aux oiseaux blessés, levés bien avant l’aube de leurs chants.

Il est de tout temps, de toute couleur…un signe laissé sur la poussière…

Ne nous y trompons pas,

la « monochromanie » n’est pas une maladie ou le mal-repu de vivants colériques,

elle est dans l’histoire de l’Art de l’émeute cet “épanoui” de la conscience à l’épreuve de son anticipation, ce “lancer” par elle d’une haute altitude dans un monde aplani et ses couleurs réduites à leur seule extériorité

Il est ce jour, le « JAUNE », sans retrait, tout avant dans sa présence, sans jamais s’y épuiser car il y traduit “l’insondable” par son imagination même.

Cette imagination donne licence de se manifester, à toutes les potentialités de révoltes contre l’invisibilité forcée, l’inconsolable écho du dédain, l’irrespirable odeur de  destin.

“JAUNE, ROUGE, VERT…” Qu’importe pourvu que par la couleur mette en forme le fond dérobé, détourné, violé, devenu inconsistant de ces existences contraintes de se replier derrière l’ombre de l’infortune, tandis qu’à l’instant, l’inépuisable puissance créatrice-productrice de la couleur fait jaillir hors d’elles, toutes choses englouties.

Dans la couleur qui se déploie à l’ouvert de son insondable, Il y a de l’œuvre d’art à son origine.

A l’instant d’apparaître, elle gagne son éternité sans chercher à dominer ni le temps ni l’espace mais à simplement crier qu’elle est là depuis toujours, présente à ce qui la cache, la silence, l’occulte, la veut rendre non pas tant invisible qu’in-vue dans le visible.

Il est ce jour un manifeste du “Jaune” plus soleil que le solaire qu’on daignerait lui octroyer, brillant d’un éclat plus éclatant que les violences dont on l’expose et voudrait l’exploser.

Ce manifeste est sensiblement poétique en ce qu’il nous amène à porter notre regard-à-terre, vers le ciel ensoleillé et uniquement vers lui comme si nous étions “submergés” de clarté (écrivait Hölderlin), par son afflux, son assaut quand même nous désespérions, ne discernions plus de possibles pour des présences à l’histoire, plus de devenir pour une pensée critique manifeste…

Ainsi que le proférait René CHAR :

“la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil”…

 … Ainsi donc, sachons de la couleur insurgée faire des yeux de fête

à ce qui se manifeste de lucide révolte en une colère jaune.”

Philippe TANCELIN/ poète-philosophe

Paris, le 1er décembre 2018

BREVE NOTICE SUR L’AUTEUR

Philippe TANCELIN est professeur émérite de Philosophie à l’Université de Paris 8.

Il fait partie du Collectif qui a créé le site Effraction qui s’est constitué au début 2015.

« Face aux propos consensuels qui peuvent se tenir sur la culture les arts et la poésie que certains voudraient “sauveurs d’un monde chaotique”, des poètes et des artistes des cinq continents se sont réunis dans le souci de poser la question de la pertinence d’une parole poétique, artistique au cœur de la cité contemporaine. Ils cherchent à travers cette expérience collective à définir les termes de leur claire indépendance vis à vis des mouvements d’opinion issus du traitement singulier et souvent univoque que la puissance médiatique inflige aux événements, les plus anodins comme les plus graves.

C’est dans cet esprit qu’ils ont pris le nom de “Collectif effraction” , (au sens littéral du terme) : tel un surgir avec force contre ce qui limite, clôture, interdit tout libre accès…

Quelle autre langue plus débordante, commettant effraction dans les territoires dominants du verbe, que la poésie! Quelle urgence plus grande que d’écrire poétiquement notre monde, aujourd’hui en tous ses états… et de confronter cette écriture à la langue sécuritaire de plus en plus écrasante. »

www.effraction-collectif.strickingly.com

Voir le premier ouvrage du Collectif intitulé : “Effraction1fragments et lambeaux”.

Louis SAISI

 

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