Couleur d’effraction (de Philippe TANCELIN)

par Louis SAISI

Philippe TANCELIN (ci-dessous)

L’ouvrage Couleur d’effraction de Philippe TANCELIN [1] pointant en sous-titre « à l’usage des suspicieux et des oublieux » (Ed. L’Harmattan, collection « témoignages poétiques », juillet 2019, 127 pages) porte en couverture une photo avec la double inscription :  « On ne rentre pas dans un monde meilleur sans effraction » et « Je manifeste pas… Je m’insurge ». Son titre, son sous-titre et aussi cette photo, prise un samedi soir après une manifestation des “gilets jaunes”, donnent le ton de l’ouvrage qui est un témoignage du ressenti poétique politique de l’auteur pendant des semaines au fil de ses rencontres avec les gilets jaunes, principalement sur des ronds-points (Ardèche et Seine-et-Marne), mais aussi dans des manifestations ou lors de débats dans des assemblées locales.

Il rassemble, sous le titre « Chroniques poétiques par temps d’effraction » [2], une série de « tribunes » – dont certaines publiées sur notre site – écrites dès le début du mouvement des gilets jaunes, à partir de novembre 2018 et jusqu’en juin 2019, avec, nous dit Philippe TANCELIN, sa « volonté de témoigner de chacune de ces rencontres en leur temps, dans la langue qui est nôtre avec pour seule fin de faire humblement trace parmi tant d’autres de ce que sait réserver d’étonnement, au sens le plus magique du terme, un peuple recouvrant sa pleine lucidité et capacité de s’exprimer malgré tous les efforts des pouvoirs afin de le  “silencer“ …» [3].

Ces tribunes sont elles-mêmes suivies d’une dramatique – s’inspirant du modèle de théâtre de rues – actualisée à partir du mouvement des « gilets jaunes ». Cette fiction dramatique en 4 actes pour deux voix, intitulée « Les In-vu (es) » [4], se proposant, selon son auteur, de « jouer ici le rôle d’une mémoire-alertes, résonnant de périodes antérieures glorieuses et tragiques mais prévenant aussi de scénarios possibles qui précipitent parfois le devenir historique dans le gouffre des maîtres-décrieurs-vengeurs, encore invaincus. »

Suivent des « Notes fragments » témoignant du travail d’élaboration des revendications des « gilets jaunes » fondées sur une multitude de débats ouverts à l’occasion de l’occupation des ronds-points puis ensuite lors des différents « actes » s’exprimant les samedis. Un exemple des ateliers des « Gilets jaunes » intitulé « Constitution et Action » s’ordonne autour de thématiques fortes constituant la charpente de leur contestation sociale et politique [5].

Dans une « Enquête » intitulée « Les revendications les plus populaires (début mars 2019) » Philippe TANCELIN nous livre les résultats de la consultation lancée par un groupe « d’enseignants-chercheurs Gilets jaunes » de l’université de Toulouse 3 Paul SABATIER, ainsi que du CNRS à LYON. Il s’agissait d’organiser un « Vrai Débat » capable de contrebalancer le « Grand débat » organisé sous l’égide du Gouvernement MACRON. La consultation du « Vrai Débat » s’est déroulée du 30 janvier au 3 mars 2019 [6] .

Mais l’auteur se transforme vite lui-même également en enquêteur en collectant une moisson de « Propos-fragments » tenus sur des ronds-points, lors de manifestations ou d’assemblées [7] ou en se livrant à une enquête plus qualitative ciblé sur chaque gilet jaune qu’il a rencontré et lui-même interviewé [8].

Et comme le montre, dans une troisième partie, la Notice biographique faisant suite à notre compte rendu de l’ouvrage précité de Philippe TANCELIN, l’auteur a déjà une longue expérience et pratique militante faisant de lui le compagnon de route de tous ceux qui souffrent en France et partout dans le monde.

Il est trop rare, dans nos milieux intellectuels, qu’un poète philosophe s’immerge à la fois dans « le sentir » d’un mouvement social et politique de cette ampleur et en même temps dans « le comprendre » du sens politique d’un tel mouvement, au sens gramscien [9] de ces deux termes, bref dans l’empathie, la communion, le partage mais aussi dans l’analyse politique pour que son témoignage et sa forte proximité solidaire ne soient pas ici soulignés en même temps qu’étudiés.

Ce sont ces deux dimensions du « sentir » poétique et du « comprendre » politique qui sont constamment au cœur de ces très riches et exceptionnelles tribunes dont nous recommandons à tout un chacun la lecture.

I/ LE SENTIR

Le « sentir » est le siège des affects, des émotions, des indignations, du partage et de la fraternité [10], ce dernier terme revenant souvent sous la plume de Philippe TANCELIN.

A/ Le jaune couleur insurgée de la visibilité

Pour l’auteur, le « Jaune », « plus soleil que le solaire » [11] est devenue la « couleur insurgée » [12], une « colère jaune » [13], une « crue de ras-le bol  et d’espoir mêlés » [14].

Et, dès sa première tribune, le poète d’exhorter tous ses concitoyens à saisir « la chance de retrouver un peu d’espoir de fraternité, solidarité qui remontent des profondeurs humaines » [15].

1/ La France des « Invisibles »

Pour Philippe TANCELIN, les « gilets jaunes », de leur statut social (d’) « in-vus.es… Invisibilisés.es… Invisiblement effacés.es…Rompus.es au silence » [16], se sentent comme « étrangers » [17] dans leur propre pays, au même titre que les immigrés, à cause des « difficultés, des urgences, des souffrances vécues, des injustices ressenties au quotidien et de toutes ces grandes et petites humiliations qui fissurent puis peu à peu fendent l’image de soi jusque dans l’intimité de la cellule familiale, du couple… » [18].

Comme l’a montré leur radiographie sociologique [19], on retrouve les « gilets jaunes, en effet, parmi les aides-soignantes, les caissières, les femmes de ménage, les artisans, les intérimaires, les caristes, les chauffeurs routiers, les ouvriers, dans ces fonctions de services à la personne, de logistique ou de production qu’ils exercent. Ce sont des professions faiblement rémunérées, principalement concentrées à bonne distance des grandes métropoles dont l’éloignement géographique contribue à rendre quotidiennement invisibles socialement, médiatiquement et politiquement ces femmes et ces hommes.

Mais en novembre 2018, ils ont décidé de rompre avec l’obscurité pour endosser un vêtement de lumière et de haute visibilité :

« Il est ce jour, le “JAUNE“, sans retrait, tout avant dans sa présence, sans jamais s’y épuiser car il y traduit “l’insondable“ par son imagination même [20]. »

2/ Le sursaut de la colère

Comment s’étonner alors qu’ils soient devenus « rebelles » [21] exprimant ainsi, en arborant la couleur jaune , « toutes les potentialités de révoltes, contre l’invisibilité forcée, l’inconsolable écho du dédain, l’irrespirable odeur de destin. » [22] ?

Dans l’analyse, comme dans l’empathie, le poète est toujours présent et ses formules sont belles et fortes. Ainsi Philippe TANCELIN relie la colère populaire des « Gilets jaunes » aux « colères populaires » [23] qui, « si… (elles) ne se comparent pas, n’en sont pas moins parentes au titre de l’arbre des droits de l’homme où chacune est cet oiseau de printemps posé sur sa plus fière branche. » [24]

Et de poursuivre, de manière éloquente :

« C’est le plus souvent d’une urgence que sont poussées ces colères. C’est toujours à s’énoncer avec la plus grande clarté et concision qu’on les reconnaît. Pour qui peut, sait, veut bien entendre ce qu’urgence implique de souffrance vécue au point qu’une fin de mois se confonde avec une fin de monde, aucune ambiguïté ne veille, (comme tant de suicidés de la société nous en informent quotidiennement dans la plus grande indifférence). »

Dans une tribune, adressée, en mai 2019, « Aux “dé crieurs“ » [25], l’auteur magnifie l’épopée des « Gilets jaunes » comme dans une tragédie antique. Les voilà qui se dressent, « éblouissants » [26] contre ceux qui voudraient les maintenir « dans l’arrière-nuit de (leurs) mémoires résignées » [27]. Ils manifestent leur « courage » [28] dans la perspective de la « délivrance » [29]. Ils « marchent au pas du labour des rêves pour un ciel de pain à chaque vivre en partage » [30] face à un « monde méprisant » [31] dans « les rides » [32] duquel « ils tracent… le récit antique de leur flamme blessée à contre vent du tourbillon capricieux des maîtres » [33].

B/ Du déni
1/ La frénésie de réforme de la « New real politique » et l’inculture de l’histoire d’un peuple

La dernière tribune de juin 2019 est intitulée « Du déni et ses glissements » [34]. Elle repose sur l’analyse de l’attitude du pouvoir politique face au mouvement des « gilets jaunes ». Pour Philippe TANCELIN, son axe central est « une réelle politique du “Déni“ reposant à la fois sur un profond mépris de classe, et une prétention outrancière à l’idée originale, maîtresse de réforme, le tout dans une inculture évidente et volontaire de l’histoire d’un peuple. » [35]

C’est, poursuit l’auteur, cette détermination jointe au « culte de la personne » [36] qui a conduit à l’accélération de la crise de la représentation des corps intermédiaires, des organisations politiques, syndicales traditionnelles, mais aussi à « l’échec des mobilisations de masse » [37] face à la frénésie de réformes menées tambour battant. Cela a conduit à une « New real politique » [38] attentatoire aux libertés [39] sous l’habillage de « mouvement » [40] et d’ « ouverture » [41].

2/ L’irruption de la dignité face à l’intolérable sens du cours des choses

Mais, note Philippe TANCELIN, ce calcul et cette pratique se sont brisés sur le « réel » social dont l’une des potentialités s’est actualisée par l’irruption du mouvement des « gilets jaunes ». [42]

Ce mouvement exprime le « cœur battant de toute une sensibilité à la dignité, au respect de la personne non moins qu’à l’intuition juste de son surgissement face à l’intolérable sens que le cours des choses impose à la vie du sujet dans son universel. [43] »

II/ LE COMPRENDRE 

Chez Philippe TANCELIN, l’analyse politique perce toujours sous la poésie.

A/ Une rébellion contre un modèle de représentation politique oppresseur

C’est la mise en question du « pouvoir, des institutions, de la légitimité de toutes celles et ceux qui les (= les « gilets jaunes ») représentent, comme de ceux qui qui voudraient continuer à faire croire qu’ils portent au plus haut de la démocratie représentative les intérêts des laborieux étranglés, tout cela devrait contribuer à nous éclairer sur ce qui est actuellement ressenti par la rébellion jaune comme “étranger“ à sa cause, à ses urgences, ses besoins essentiels, le sens même de sa valeur, son humanité » [44].

Sans doute les « gilets jaunes » mettent-ils d’abord en cause « ceux qui gouvernent et mènent une politique de paupérisation du peuple laborieux (les slogans de rond-point l’inscrivent sans cesse et à voix haute dans l’espace) » [45], mais selon Philippe TANCELIN leur mouvement interpelle également ceux qui, trop indifférents, sont encore momentanément épargnés mais deviendront les « prochains sacrifiés d’un système » [46].

C’est vrai que, comme l’a révélé plus explicitement la note déjà citée de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès [47], s’il y eut une forte identification aux « gilets jaunes » dans les milieux populaires, d’autres catégories sociales, telles que les cadres supérieurs, les professions intellectuelles et les professions intermédiaires (cœur de la classe moyenne) se sont senties peu concernées et se sont tenues à bonne distance des « gilets jaunes ».

B/ Un système de pensée économique et politique broyeur d’humanité

Nous sommes certes passés à l’ère  de la révolution de l’Informatique et du Numérique. Mais, sur le fond, les choses ont-elles beaucoup changé depuis le célèbre film satirique Les temps modernes de Charlie CHAPLIN qui dénonçait l’inhumanité de la société industrielle? On peut en douter, avec le chômage de masse et la cohorte de maux liés à notre nouveau mode de production du système économique dont la force est telle qu’il avale et broie les individus : harcèlement moral au travail, burn-out, etc. 

Pour le poète, les « gilets jaunes » expriment « la blessure autant physique qu’affective face à l’injustice et la brutalité d’un système de pensée économique et politique broyeur d’humanité » [48].

Devant ce « système », le mouvement des « gilets jaunes » – qui se manifeste « sans haine, ni vengeance, mais avec exactitude devant le dédain » [49] – en appelle au « respect de son identité » [50].

C/ Un autre rapport à la communauté humaine s’inscrivant dans la durée par la découverte de la fraternité…
1/ La rencontre fraternelle avec l’autre

« C’est un rapport tout autre au monde et à la communauté humaine qui s’exprime là, à travers une amitié tissée jour après jour dans la rencontre fraternelle avec l’autre au cœur du mouvement» [51] .

2/ Une fraternité poétique construite dans la lutte et reposant sur la solidarité

 

 

« … le mouvement des gilets jaunes est un mouvement authentiquement poétique non pas au sens, détourné et confus d’arracher quiconque à la réalité pour fuir dans un rêve sentimental. Bien au contraire, il est poétique car il est capable de mesurer pleinement au cœur du réel, toute l’étendue de la peine que tous vivaient jusqu’alors solitairement dans la division tandis que maintenant, heure après heure, grâce à la lutte, tout s’éclaire d’un ciel certain en chacune, chacun grâce au fruit d’une profonde fraternité construite, vécue. C’est cette fraternité à elle seule qui fait s’aimer être un Homme sur notre planète et permet de relever la tête par-delà ses blessures. [52]»

D/ Retrouver le peuple aujourd’hui…
1/ L’univers culturel des « gilets jaunes »

Pour Philippe TANCELIN, l’univers culturel des gilets jaunes, ce n’est pas celui des « nantis »[53], des « élites »[54], des « surdiplômés[55] » (« contre peu diplômés »[56])…

Comme l’a révélé la radiographie sociologique et culturelle des gilets jaunes [57], sur les ronds-points, les ouvriers et employés, les artisans et les agriculteurs, ayant arrêté souvent leurs études juste avant ou après le bac, partagent le même univers culturel, et si 28% des titulaires d’un CAP/BEP se sentent proches des gilets jaunes, en revanche cette proportion tombe à 19% au sein des bacheliers, à 16% parmi les bac +2 et à 9% au-dessus de bac +2. C’est dire que la part des personnes éprouvant de la sympathie pour le mouvement décroît selon l’importance du diplôme. Ainsi les professeurs des écoles et les instituteurs – qui perçoivent pourtant un niveau de salaire modeste, à l’instar des catégories sociales des gilets jaunes – ne sont que 8% à se définir « gilets jaunes » contre 29% des artisans ou 33% des agriculteurs qui gagnent moins ou autant qu’eux mais sont beaucoup moins diplômés.

2/ « Qu’est-ce le peuple ? Où est le peuple ? Qui se prétend peuple ? [58] »

À cette question provocatrice des puissants, la réponse de Philippe TANCELIN fuse, cinglante :

« Qu’ils apprennent et sachent entendre : OUI depuis deux mois en France et pour une durée qui n’appartient qu’au courage de la Fraternité, lorsqu’elle sort de ses gravures dans la pierre des édifices pour retrouver la ronde vivante des indignés, des révoltés, oui, le peuple se réinvente dans une nomination qu’il prononce nouvellement… Oui il serait temps de percevoir l’intelligence et la créativité, de cette avant-garde révélée de femmes et d’hommes dessinant le vrai visage d’un peuple dont on dissimule la lucidité sous le voile de “gilets jaunes radicaux“ quand ils écrivent sur certaines de leurs affiches :

Sachez bien une chose, ce mouvement des gilets jaunes est sûrement l’une des dernières révoltes populaires de masses, possible en France. Dans les prochaines années, l’intelligence artificielle, la reconnaissance faciale, les techniques de maintien de l’ordre et de surveillance empêcheront les peuples de se soulever. Pensez-y avant de raccrocher le gilet“ » [59].

3/ La nécessité de briser le silence médiatique sur la réalité vécue

Lorsqu’ils décidèrent de réinvestir les ronds-points pour ralentir le trafic de la circulation afin de « recréer de la visibilité hors des manifestations » [60], à AUBENAS, les gilets jaunes, nous dit Philippe TANCELIN, « étaient munis de pancartes sur lesquelles ils avaient écrit sous le concept “Coupable“, tout ce au nom de quoi ils ne voulaient plus être “criminalisés“ : crime de pauvreté, crime de désir, crime de rêve d’un jour meilleur, crime de solidarité, crime de construction ensemble, crime de protestation, crime de dignité » [61].

E/ La manœuvre de reconquête du pouvoir politique à travers le lancement du « Grand Débat »

Pour Philippe TANCELIN, c’est la « lassitude sinon l’exaspération» [62] d’une « frange de diplômés [63] » devant la persistance du mouvement des  gilets jaunes qui a conduit le pouvoir politique à lancer l’opération « Grand débat » dans une reconquête de l’opinion publique [64].

C’est une opération de « communication », « avec la complicité des docteurs en pacification par le “logos“ » [65].

1/ La tentative de décrédibilisation du mouvement des « gilets jaunes »

Parallèlement, de « doctes politologues » [66] se sont mobilisés avec les chaînes radio-télé du service public pour souligner les limites et la courte vue du mouvement des « gilets jaunes » :

« Ils manquent d’outils conceptuels et de profondeurs de réflexion pour construire une cohérence de leur mouvement. » [67]

2/ La conscience politique des gilets jaunes : « une conscience d’exploité, d’opprimé… »

Là où les dominants diagnostiquent à nouveau une « fracture » [68] apparentée à une forme de « malaise » [69] qui pourrait être réglé par des « gens de lettres »[70] diplômés, détenteurs du savoir et du pouvoir, TANCELIN préfère voir une « lutte de classes en redevenir » [71] provoquée et avivée par le « mépris de classe » [72] des surdiplômés à l’encontre des « gens de rien » [73], « ces pauvres gens “peu diplômés“ [74]».

Ainsi « Le jaune est cette vision solaire de vivre à hauteur de sa lucidité, dans l’univers crépusculaire de nantis qui sont prêts à toutes les nuits du monde pour sauver leur groupe électrogène de chevet. » [75]

Dans leurs concessions pour sauver le système, les agents des pouvoirs sont toujours prêts à instaurer « une sorte de “post-démocratie“, capable d’écouter les raisons de se révolter d’un peuple souffrant d’inégalités et selon eux de complexe d’infériorité de salaire » [76].

Mais, pour TANCELIN, c’est « ne pas compter avec cette immense part d’irrationnel qui fait d’une conscience d’exploité, d’opprimé, de déchu de ses droits d’expression et de création, un authentique artiste de sa révolte : une femme, un homme qui conçoit et fait de sa vie le chef d’œuvre de s’aimer autre. S’aimer dans un visage, une voix, un corps en ces mouvements qu’impulse l’éthique même de la rébellion. [77]»

C’est ainsi, que selon l’auteur, « peut monter d’un cortège, d’une assemblée, d’un rond-point, la trace d’une histoire immémoriale de la révolte, quand elle vient habiter chaque conscience comme une présence irrépressible, un pressentir d’urgence à devoir réaliser tout ce qui a été empêché de se vivre, de se rêver pour vivre. [78] »

3/ « On est là… », Boîte postale : gilets jaunes rond-point [79]

 

Dans cette tribune déjà évoquée, Philippe TANCELIN analyse la trouvaille originale des gilets jaunes qui ont installé une boîte aux lettre jaune accrochée à un pilier de l’arrêt d’autocar du « Rond-point de Millet » pour recueillir les cartes postales de soutien venant d’autres départements ou même d’autres pays aussi divers que le Niger et le Sénégal, l’Irlande, le Danemark ou la Belgique [80].

 

 

 

À côté des sites, des listes, des réseaux permettant la diffusion rapide des informations et des mobilisations par internet, il y aussi ces boîtes postales qui constituent le réceptacle des soutiens, des encouragements, des saluts et des solidarités exprimés par ces cartes postales, ainsi que les gazettes locales, sous la forme de 4 pages A4, comme celle de Millet ou d’autres « qui communiquent localement, témoignent de la répression, corrigent les déformations médiatiques, critiquent les déclarations des politiques “faussaires“… » [81]

La Tribune de Juin 2019 vient clore l’ensemble des tribunes pour faire place d’abord à une pièce dramatique en 4 actes, sur le modèle du théâtre de rue, ensuite à des Notes-fragments voulant témoigner du travail de réflexion du mouvement des gilets jaunes se traduisant par des débats, à l’occasion de l’occupation des ronds-points, et par un travail d’élaboration de revendications sur lesquels nous reviendrons dans une chronique postérieure.

Dans sa dernière tribune de juin 2019, Philippe TANCELIN s’efforce de monter que l’un des effets politiques les plus marquants du mouvement des gilets jaunes est d’avoir conduit la classe politique et les médias à se discréditer au point de les faire apparaître infirmes par rapport à l’affirmation de la vérité [82].

Dans le respect de l’appartenance au monde des uns et des autres dans leur devenir, et pour le sauver de sa fin – à laquelle le vouent les dominants eux-mêmes -, il suffit pourtant, pour les gilets jaunes, d’une « simple “fin de mois “ visionnaire non moins que poétique », bref d’une “fin de mois“ décente [83]…

A la lecture de ses tribunes et, en général, des autres écrits de Philippe TANCELIN, mais aussi avec la création du CICEP (voir infra) puis du collectif d’Effraction, l’on ne peut s’empêcher de voir une certaine filiation avec la doctrine existentialiste de l’engagement sartrien et aussi l’esprit des Temps Modernes : le poète philosophe est imprégné et convaincu de la nécessité de l’action collective et des enjeux de l’histoire qui se fait et se joue devant lui et dans laquelle il s’insère et occupe une large et active place de témoin et d’avocat de la cause des opprimés.

Louis SAISI

Paris, le 3 septembre 2019 

III/ BRÈVE NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR PHILIPPE TANCELIN [84]

Philippe TANCELIN (ci-dessous), poète et philosophe français, Chevalier des Arts et Lettres, né le 29 mars 1948, est aujourd’hui professeur émérite de l’université de Paris 8. Il a publié de nombreux ouvrages oscillant entre poèmes et réflexions philosophiques. Sa vie d’écriture et de recherche se développe entre l’Ardèche et Paris. Après des études secondaires au Lycée Charlemagne, dans le quartier du Marais, à Paris, il entreprit d’abord des études cinématographiques. Ce n’est qu’après les « événements de mai 68 » qu’il s’orienta vers la philosophie (spécialité esthétique) à laquelle il consacra, en 1987, sa thèse de doctorat d’Etat soutenue à l’Université de Paris I, sous le titre « Violence et théâtralité ».

Il commença à enseigner comme chargé de cours à la Sorbonne puis, après sa première thèse de 3ème cycle, il fut nommé professeur des Universités à Paris 8-Vincennes-St-Denis où il se consacra à l’enseignement de la philosophie esthétique (Théâtre-Poésie) tout au long de ce que devait être sa riche carrière universitaire doublée d’un constant engagement militant.

Philippe TANCELIN cultive une approche poétique de l’histoire – dans laquelle il se sent lui-même très impliqué et vivant – et surtout de la relation témoin-événement, comme il a su très bien nous le montrer à travers ses fortes et éclairantes tribunes sur le mouvement de « Gilets jaunes ». Mais les engagements de Philippe TANCELIN, notamment en étroite collaboration avec Geneviève CLANCY [85], sa sœur, remontent aux années 70. Depuis les années 1970, puis celles de 80-90, son écriture résonne de ses rencontres sur les fronts de résistance contre l’exclusion, contre l’exploitation des plus démunis, et pour le soutien aux peuples opprimés de toute la terre (Tiers-monde, Palestine…)

Ses engagements donnent naissance à de nombreux écrits et créations-manifestations poétiques, théâtrales au service des opprimés. C’est cette pratique militante théâtrale des années 70 qui induira chez Philippe TANCELIN la recherche de l’oralité poétique jusqu’à la création, en 1991, du Centre International-interuniversitaire de Créations d’Espaces Poétiques (CICEP) qu’il fonda avec Geneviève CLANCY et Jean-Pierre FAYE.

Le CICEP [86] regroupera jusqu’en 2015 (année de la création d’ « Effraction : Collectif de poètes des cinq continents ») plusieurs dizaines de poètes, artistes chercheurs et universitaires dans l’esprit d’une recherche en mouvement, transdisciplinaire qui réalisera de très nombreuses communications théoriques et créations artistiques originales dans de multiples espaces sociaux (théâtres, musées, écoles, universités, hôpitaux, prisons, lieux de précarité etc…). Une revue intitulée « cahier de poétique » (une vingtaine de numéros) publiera annuellement les « actes » de ces recherches.

Le collectif « EFFRACTION », qui se situe dans le prolongement du CICEP [87], a été créé quelque 24 ans après celui-ci, au début de l’année 2015. Des poètes, des artistes originaires des cinq continents éprouvent le besoin de se regrouper dans le souci de poser clairement la question de la pertinence d’une parole poétique, artistique au cœur des tensions et des formes de domination multiples au sein de la cité contemporaine occultées par la presse et tous les relais d’opinion. Ces poètes et ces artistes créatifs cherchent, à travers cette expérience collective, à définir les termes de leur nette et forte indépendance vis-à-vis des mouvements d’opinion issus du traitement singulier et souvent univoque de l’information par les puissances médiatiques, que les évènements par elles relatés, commentés et analysés fassent partie des plus anodins comme des plus graves.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que ses fondateurs ont pris le nom de “Collectif effraction”, au sens littéral du terme, pour bien marquer ce qui doit surgir avec force contre tout ce qui limite, qui enferme, qui clôture, qui interdit le libre accès…

Directeur de Collections de Poésie et philosophie aux éditions L’Harmattan, Philippe TANCELIN, qui anime des ateliers de création poétique, est traduit aujourd’hui dans pas moins d’une dizaine de langues. Fervent défenseur de créations collectives, d’écritures à plusieurs mains – qui sont autant des modes d’expression manifeste d’une liberté mise en commun, dans les gestes comme dans les paroles, pour vivre à la hauteur des imaginaires de leurs auteurs -, Philippe TANCELIN, à travers son œuvre, comme dans sa pratique vivante et militante de la relation d’empathie à autrui, exhorte à l’ « étonnement » comme habitat poétique en ce monde.

Aujourd’hui, Philippe TANCELIN nous invite à envisager la question des conditions sous lesquelles la poésie pourrait participer à la construction d’une nouvelle épistémologie.

Il s’intéresse ainsi à l’approche philosophique et poétique du discours que le sujet croit tenir sur lui-même, lorsqu’il se pose la question de l’appréhension du réel ; quelle possibilité, l’imaginaire poétique en échappant à la médiation de la métaphore et du symbole, offre-t-il, dans l’ouverture à la présence immédiate du réel?

Bibliographie (non exhaustive)

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages de poésie et de réflexion philosophique, Philippe TANCELIN est traduit dans pas moins de dix langues.

I/ Philippe TANCELIN en collaboration avec Geneviève CLANCY-TANCELIN
  1. TANCELIN», avec G. CLANCY  : « Tiers-Idées », Hachette 1977 ;
  2. TANCELIN», avec G. CLANCY : « Fragments-Delits »,  Seghers 1979 ;
  3. TANCELIN», avec G. CLANCY : « La question aux pieds nus », Main-d’aube, I982 /L’Harmattan, 2006, suivi de ” En passant par Jénine” ;
  4. TANCELIN», avec G. CLANCY : « L’été insoumis », L’Harmattan, 1996 ;
  5. TANCELIN», avec G. CLANCY : « Le Bois de vivre », L’harmattan, 1996 ;
  6. TANCELIN», avec G. CLANCY : « L’Esthétique de l’ombre », L’harmattan, 1997 ;
  7. TANCELIN», avec G. CLANCY : « Les conditions sous lesquelles l’émeute demeure possible », CICEP-édition, Octobre 2000.
II/ Philippe TANCELIN

« Le Théâtre du Dehors », Recherches 1978 ;

« Manoel De Oliveira », Dis-voir I987 ;

« Théâtre sur Paroles », Ether Vague 1989 ;

« À bout portant de poésie », Livre collectif, L’Harmattan, 1994 ;

« Ecrire ELLE » L’Harmattan, 1998 ;

« Poétique du silence » L’Harmattan, 2000 ;

« Entretiens avec Bruno Dumont », Dis-voir, 2002 ;

« Cet en-delà des choses », L’Harmattan, 2002 ;

« Ces horizons qui nous précèdent », L’Harmattan, 2003 ;

Quand le chemin se remet à battre », L’Harmattan, 2005 ;

« Les Fonds D’éveil », l’Harmattan 2006 ;

« Sur le front du jour » L’Harmattan 2006 ;

« Poétique de l’étonnement » L’Harmattan 2008 ;

« Poétique de l’inséparable » L’Harmattan 2009 ;

« Le mal du pays de l’autre » L’Harmattan 2010 ;

« L’ivre traversée de clair et d’ombre / les camps oubliés » L’Harmattan 2011 ;

« Au pays de l’indivis aimer » L’Harmattan 2012 ;

« Poéthique de l’urgence » L’Harmattan 2013 ;

« Au large de l’éphémère » Ed. CICEP-EDITION 2014 ;

« Seuils » L’Harmattan 2014 ;

« Cet insoupçonné levant » L’Harmattan 2015 ;

« À fleur de clarté » Ed. Unicité 2016 ;

« Poéthique de l’Ombre, 2017 ;

« Verticale du silence », L’Harmattan 2018 ;

« Anthologie des ascendances » (avec A. de Commines) Unicité 2018 ;

« Ce qui ne sombre pas », L’Harmattan 2019 ;

« Couleur d’effraction », L’Harmattan 2019 ;

III/ Livres Collectifs

« Théâtre sur paroles » autour de l’œuvre d’A. GATTI. Ether vague, 1988 ;

« À bout portant la poésie » L’Harmattan 1994 ;

« Paroles de poètes-poètes sur parole » avec Jean-Luc Pouliquen, L’harmattan 2013 ; « Philippe TANCELIN : le « poète de l’événement », avec J.L POULIQUEN, Ed « Chiendents » 2012 ;

« Anti-guide poétique de Paris » (un chant pour Paris), Unicité 2019 ;

IV/ Livres d’artistes

« Le livre des 24 heures » (dessins Dan Vimard), Kaleidoscope 1994 ;

« Passion sous Silence » (peintures Odile Frachet), Signum 2001 ;

« Battants de nuit », Transignum, 2004 ;

« Cadavres exquis » livre collectif, Ed. Champtin 2006 ;

« Ouverture fragile d’un épisode silencieux » (encres d’Edith Longuet-Allerme) Ed. CICEP 2012 ;

« Pointe courte », photos d’Ernest Puerta, Ed. Du « brise-lames » 2016 ;

« Urgence », photos d’Ernest Puerta, Ed. Du « brise-lames » 2017.

V/ Pièces de théâtre

« Interdit au public », CICEP-Edition 1992 ;

« Le rêve de Pierres », Karmel -traduction en arabe I992 ;

« Lève la Faim », Kaleidoscope 1993.

NOTES

[1] Voir, sous cet article, la brève Notice biographique consacrée à Philippe TANCELIN.

[2] Ces « tribunes », inscrites dans le vif de l’action, constituent la moitié de l’ouvrage, pp. 13 à 63.

[3] Voir présentation, p. 10.

[4] « Les In-vu(es) », « Dramatique en 4 actes pour deux voix », pp. 71-86.

[5] Philippe TANCELIN a intitulé lui-même cet atelier très riche « Pourquoi la colère ? », pp. 89-98.

[6] Enquête : «Les revendications les plus populaires (début mars 2019) », pp. 99-103.

[7] « “Propos-fragments“  tenus sur ronds-points, manifestations, assemblées », pp. 105-111.

[8] « Une question par gilet », pp. 113-126.

[9] Sur l’apport de GRAMSCI, cf. l’ouvrage de MACCIOCCHI (Maria- Antonietta) : Pour GRAMSCI, notamment « Les intellectuels », pp. 203-282, Ed. du Seuil, collection « Points », N° 68, Paris, 1974, 318 pages.

[10] « Attention SVP ! Les  “gilets jaunes “ ou la colère du peuple effacé », p. 16 ; voir aussi Tribune janvier 2019 « Sans titre », p. 28 ; Janvier 2019, p. 30.

[11] Tribune, Novembre 18, « De la surexposition de la couleur à son oubli », p. 18.

[12] Ibid., p. 19.

[13] Ibid., p. 19.

[14] « Attention SVP ! Les “gilets jaunes“ ou la colère du peuple effacé », p. 16.

[15] Ibid., p. 16.

[16] Tribune précitée, Novembre 18, p. 17.

[17] Tribune Décembre 2018, « D’un certain sourire jaune face aux gilets jaunes », pp. 21, 25, notamment p. 22.

[18] Ibid., pp. 22-23.

[19] Voir la note de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès : « Gilets jaunes : radiographie sociologique et culturelle d’un mouvement », par Jérôme FOURQUET, cf. Le Figaro, 23 janvier 2019.

[20] Tribune, Novembre 18, p. 18.

[21] Tribune précitée, Novembre 18, p. 17.

[22] Ibid., p. 18.

[23] Tribune d’Avril 2019 : « Innocentes questions… De lendemain troublant », p. 47.

[24] Ibid., p. 47.

[25] Tribune de Mai 2019 intitulée « Aux “dé crieurs“ », p. 51.

[26] Ibid., p. 51.

[27] Ibid., p. 51.

[28] Ibid., p. 51.

[29] Ibid., p. 51.

[30] Ibid., p. 51.

[31] Ibid., p. 51.

[32] Ibid., p. 51.

[33] Ibid., p. 51.

[34] Tribune de Juin 2019—20—, pp. 59-63.

[35] Ibid., p. 59.

[36] Ibid., p. 59.

[37] Ibid., p. 59.

[38] Ibid., p. 59.

[39] Ibid., p. 59.

[40] Ibid., p. 59.

[41] Ibid., p. 59. L’on pourrait abonder en ajoutant que cette partie de la classe politique, à laquelle était destinée l’offre « d’ouverture », était déjà, de fait, gagnée et acquise, depuis la présidence HOLLANDE/VALLS, aux bienfaits du libéralisme ambiant.

[42] Ibid., p. 60. Il est clair que le mouvement des « gilets jaunes » est incontestablement venu interrompre le nouveau processus politique issu des élections de mai et juin 2017 dont le projet était d’instaurer un nouveau mode de gouvernance d’un Etat de nature fondamentalement régalienne.

[43] Ibid., p. 60.

[44] Tribune, Décembre 2018, p. 22.

[45] Ibid., p. 23.

[46] Ibid., p. 23.

[47] Cf. supra, note 19, « Gilets jaunes : radiographie sociologique et culturelle d’un mouvement », par Jérôme FOURQUET, cf. Le Figaro, 23 janvier 2019.

[48] Tribune, Janvier 2019, « La leçon du respect », p. 29.

[49] Ibid., p. 29.

[50] Ibid., p. 29.

[51] Ibid., p. 30.

[52] Ibid., p. 31.

[53] Tribune, Février 2019, « Révélation d’une avant-garde… La grande peur d’une apparition… », pp.33-36, notamment p. 35.

[54] Ibid., p. 35.

[55] Ibid., p. 35.

[56] Ibid., p. 35.

[57] Cf. op. cit., Jérôme FOURQUET, « Gilets jaunes : radiographie sociologique et culturelle d’un mouvement », Le Figaro, 23 janvier 2019.

[58] Ibid., p. 35.

[59] Ibid., pp. 35-36.

[60] Tribune de Mai 2019, pp. 53-58, notamment p. 55.

[61] Ibid., p. 55.

[62] Tribune, Février 2019, p. 37.

[63] Ibid., p 37.

[64] Ibid., p 37.

[65] Ibid., p. 37.

[66] Ibid., p. 38.

[67] Ibid., p. 38.

[68] Ibid., p. 38.

[69] Ibid., p. 38.

[70] Ibid., p. 38.

[71] Ibid., p. 38.

[72] Ibid., p. 38.

[73] Ibid., p. 38.

[74] Ibid., p. 38.

[75] Ibid., p. 38.

[76] Ibid., p. 39.

[77] Ibid., p. 39.

[78] Ibid., p. 39.

[79] Tribune, Mai 2019 : « On est là… », « Boîte postale : gilets jaunes rond-point… », pp. 53-58.

[80] Tribune de Mai 2019 précitée, p. 53.

[81] Ibid., p. 54.

[82] Tribune de de Juin 2019—–20……, « Du déni et ses glissements », p. 62.

[83] Ibid., p. 63.

[84] Source principales : les Éditions L’Harmattan et Wikipédia.

[85] Geneviève CLANCY (1937-2005) fut une philosophe-poète, professeure de philosophie esthétique à la Sorbonne, auteure de plusieurs ouvrages de création poétique qui ont suscité un véritable « change » dans la langue poétique contemporaine. Elle fut une femme très engagée éthiquement-politiquement dans son époque, aux côtés des opprimés. Elle réalisa, en collaboration avec Philippe TANCELIN, des ouvrages de poésie ainsi que de nombreuses créations-manifestations de recherche dans les domaines de l’esthétique et du politique.

[86] Le CICEP (Centre International de Création d’Espaces poétiques) a été créé en 1992 par des poètes-philosophes et artistes. Dès 1994 et jusqu’en 2015, il s’associe avec le laboratoire de recherche « scènes et savoirs » de l’université Paris8. Sa vocation est comme son titre l’indique, la création d’espaces poétiques intervallaires des   arts d’où sa confrontation permanente de la poésie avec la peinture, le cinéma, le théâtre, la danse, la musique, l’architecture et même les technologies du virtuel. Outre ses membres permanents, il regroupe de nombreux artistes- chercheurs et scientifiques  autour de la poésie en tant qu’elle  participe au même titre que les arts et sciences à la formation de la pensée, à l’enrichissement du champ de la sensibilité, de la connaissance humaine et à l’éveil des potentialités créatrices.

[87] Un fonds-mémoire du CICEP ainsi que des archives personnelles de Philippe TANCELIN et Geneviève CLANCY est en cours de constitution. Il regroupe articles, conférences, spectacles, interviews, signatures de livres, etc. des fondateurs du Centre.

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